14/10/2008

Première présentation : Un week end citoyen à Dieulefit

Projection d'un diaporama et présentation du projet au public réuni là pour le week-end citoyen de Dieulefit, chaque année, à la mi-octobre le collectif citoyen organise son week-end, festif et culturel, engagé dans une démarche plus solidaire, conscients qu'une société en crise doit faire le choix de la décroissance et reconsidérer son rapport à la réalité, son rapport au temps.

Pour un week-end, le temps de débattre passionnément, de rencontrer des projets aussi délirants que réels, si grandioses et fous, ils ont osé !!

Et le temps de rencontrer Suzanne et Luca dans leur magnifique maison, qui est en fait une résidence d'artistes, de chercheurs aussi, une maison partagée, qui vit de ces projets, généreuse de leur offrir une terre d'accueil, un sol fertile.

 

Voilà la présentation que j'ai faite le dimanche 12 octobre à Dieulefit après la projection du film de L. Federmeyer, président de l'Association "Il était une fois... dans l'Oued" :

 

Introduction : petite histoire du projet

 

Au printemps dernier, nous avons enfin pu réaliser le projet « Love Theater » grâce entre autre (et tout particulièrement) au soutien de l’Association « Il était une fois… dans l’oued ».

Nous sommes parties réaliser nos ateliers de théâtre dans le Sud marocain, à côté d’Essaouira, à Diabat plus exactement.

 

C’était, au départ, à Galélo au Niger que nous devions partir, il a presque 2 ans. Cette école, née du fruit d’une amitié, d’un engagement humain et soutenue, ensuite, par de nombreuses actions pédagogiques, était pour nous, un partenaire idéal.

Habitués à ce genre de projets, les enfants de Galélo ont reçu notre courrier avec enthousiasme. Mais les circonstances politiques nous ont obligées à renoncer à cette destination. Malheureusement.

 

Première partie : Ateliers à Diabat, état des lieux.

 

C’est finalement à Diabat, une petite ville à 7 km au sud d’Essaouira, avec son école, ses trois classes que nous sommes allées passer trois semaines pour réaliser notre projet. Nos ateliers de « théâtre » sont venus au printemps comme une bouffée d’oxygène, un vent nouveau dans cette petite école.

 

1- Quatre murs : nous avons trouvé une école sans électricité, sans eau, comme cour un terrain en pente, de poussière et de cailloux… Ils manquent de tout ! Il faut compter sur le courage des profs et l’entraide des habitants pour son bon fonctionnement. Apparemment, l’Education Nationale Marocaine n’a pas les moyens d’apporter aux écoles rurales les conditions matérielles minimums au confort nécessaire aux enfants pour se former, autrement dit, pour être apte à savoir s’adapter aux réalités actuelles.

Pendant les ateliers, et pendant ses poses, Abdel Ali, l’instit, restait dans une salle plus loin, abandonnée, une salle de classe où étaient empilées de vieilles chaises poussiéreuses. Un refuge étrange pour venir faire une pause. Une classe en ruine, aux murs défoncés.
L’état de délabrement de l’école est tel qu’ils n’ont pas l’électricité, les toilettes sont systématiquement bouchés, ils n’ont rien pour jouer…


Pour l’électricité, grâce à Afoulki, le problème va être résolu apparemment. Mais il s’agissait d’une histoire un peu bizarre. L’école appartient à la commune mais elle a été construite sur un terrain privé. La propriétaire du terrain refusait que l’électricité entre chez elle ! L’école a été construite pour avoir de l’électricité, l’installation électrique est là, complète. Je ne peux pas m’empêcher de faire un parallèle avec ce que m’a dit Abdel Ali, c’est peut-être « haram », c’est-à-dire, interdit par le Coran ?... Va savoir… avec l’obscurantisme, on a de triste surprises.

 

2- Une école en panne : la majorité des enfants ne continuent pas leurs études après 12 ans. Comment ne pas comprendre cet abandon si l’on considère ce que l’école leur a donné ? La misère les pousse à renoncer, la possibilité de travailler et de gagner tout de suite de l’argent est plus attractive que cette école figée dans une époque révolue, un autre siècle si loin du Maroc moderne. Pousseurs de charrette dans la ville d’Essaouira pour certains, guides/promeneurs à cheval ou à dos de chameau pour d’autres, ils trouvent des petits boulots qui les cantonnent à une autre condition misérable, une autre servitude, à un avenir bien limité.

Si Galélo nous paraissait une destination idéale pour notre projet, nous avons mesuré à quel point d’autres enfants, vivant dans des pays pourtant voués à une tout autre dynamique (évolutions démocratiques récentes encourageantes, situation économique en expansion) avaient besoin de projet comme le notre !

Il y a un travail énorme à faire. Dans la plupart des cas, ce sont les associations qui agissent concrètement sur le terrain, comme celle qui nous a permis de concrétiser nos ateliers, Afoulki. Ce sont elles qui font évoluer la situation.

Ce n’est que dans une implication concrète, une action sur le terrain, en aidant ces enfants et ces instituteurs à trouver les moyens pour leur école, dans un suivi à long terme, où l’on voit évoluer les besoins et la réalité concrète sur place

 

Deuxième partie : Dans le vif du sujet, les ateliers de théâtre

 

Nous avons occupé tous les jours pendant presque trois semaines la salle de classe des 5ème et 6ème (correspondant à nos CM2 et 6ème françaises). Tous les jours, ils passaient une demi-journée avec nous, autrement dit, ils passaient toute leur journée à l’école, mais d’une manière différente. Nous poussions les tables et nous avions notre scène. Ils sont rapidement entrés dans la ronde. Chaque séance commençait par les mêmes rituels : concentration, relaxation, positionnement du corps et de la voix avec le groupe, dans l’espace. Puis ils s’essayaient chaque jour à de nouvelles activités d’expression, d’interprétation. Tous ces ateliers ont abouti sur un spectacle, lui-même issu de l’histoire de cette rencontre, de ce qu’ils nous ont offert.

 

1- Quelques exercices :

 

- La musique : Hannis, Félix, Willy et Natcho (que nous avions rencontré) sont venus avec leurs instruments de musique (didjé ridou, guitare et percussions) ils ont participé à l’atelier et grâce à eux un exercice d’expression corporelle a pu être mis en place. Un voisin est venu aussi se joindre à nous, Mbark, le mari d’Halima (la sainte de Diabat…), il avait apporté son instrument de musique, le guimbri (une sorte de guitare à 3 cordes, en peau et en bois). Un jeu d’improvisation sur de la musique, en cercle, les enfants passaient au milieu et dansaient. Nous avons constaté à quel point ils étaient contents, leur gaieté rayonnait sur leur visage.

 

- Le premier exercice, l’exercice de la balle : les élèves en cercle font semblant de s’envoyer une balle en disant le prénom de celui à qui ils l’envoient, celui qui la reçoit fait la même chose. Ainsi de suite, nous leur apprenons à poser leur voix, à parler distinctement, le prénom de chacun résonne ainsi chaque jour en début d’atelier dans la salle de classe, les voix marquent leur présence et nous apprenons à les connaître, c’est aussi pour nous un bon moyen mémo technique pour retenir leurs prénoms…


 

- L’exercice de la présentation… C’est là que nous avons mesuré l’ampleur de la difficulté ! C’est un exercice qui consiste à présenter un camarade, deux élèves passent, l’un présente l’autre et inversement. Très volontaires, nous n’avons pas eu de mal à trouver des candidats, mais ils n’avaient rien compris… Ils se présentaient eux-mêmes et dans un très mauvais français, à peine compréhensible. Nous ne sommes pas intervenus dès le début, croyant que certains auraient compris, mais au troisième, ils faisaient tous pareil… Il a fallu ré-expliquer. Nous parlions trop vite, et eux, trop vite aussi, répondaient oui à toutes nos questions, ils ponctuaient même chacune de nos phrases par oui, nous donnant l’impression qu’ils comprenaient parfaitement.


Il y allait y avoir la barrière de la langue et nous devions faire appel à un autre langage pour nous faire bien comprendre.
Rébecca et Anissa vivaient pour la première fois une expérience pareille, elles étaient en position d’enseignantes, elles allaient montrer, transmettre, accompagner.

Ce n’est pas simple pour une première fois, nous étions au Maroc, ils avaient entre 10 et 12 ans… Heureusement, ils étaient dociles, il n’y a pas vraiment eu de problèmes d’autorité, mais ils avaient des codes culturels différents. 4 filles sur 12 portaient le voile. Les filles étaient plus timides et introverties que les garçons. Ils avaient du mal à se mélanger, à se toucher, à jouer ensemble. On sentait parfois de la part des garçons un complexe de supériorité vis-à-vis des filles.
L’expérience n’aura pas été inintéressante à ce niveau pour eux ! Nous étions trois filles, deux générations différentes, l’une d’origine algérienne, l’autre portugaise et une juive… une belle variété qui se réunissait pour un projet et qui venait jusqu’à eux.


Le premier atelier s’est terminé par la distribution des carnets et des trousses. Ils ont commencé à écrire leur journée, leur premier atelier théâtre.
Tous les jours, sur leur carnet, ils auraient à noter l’activité du jour avec ce qu’ils ont aimé, ce qu’ils n’ont pas aimé.
Pour eux, il s’agissait aussi d’un exercice d’expression française.


Diabat n’était pourtant pas loin d’Essaouira où tout le monde semblait parler le français, où tellement de Français vivent… Aujourd’hui, l’enseignement du français a reculé dans les écoles, les jeunes le parlent moins bien qu’il y a 10 ou 15 ans, en zone rurale, ils ne sont pas bilingues.

 

- En extérieur, l’exercice du cri. Tous regroupés, ils devaient courir en silence, s’arrêter puis crier le plus fort possible. C’est une façon de contrôler les mouvements du corps en lui faisant adopter une posture totalement inverse, immobiliser son corps et crier, prolonger le mouvement par la voix. C’est aussi un exercice de groupe. Il faut partir ensemble, courir, s’arrêter et crier ensemble.

 

- Nous avons ensuite constitué trois groupes pour des exercices de relaie. Il fallait en un aller-retour courir, puis sauter à cloche pied, faire des pas chassés, passer à quatre pattes sous les jambes du prochain joueur.
Tous cela nous a permis de nous rapprocher d’eux, de nous familiariser par le jeu, un contact ludique qui re-serre les liens.



 

- Chanter : leur hymne national… à partir d’une chanson connue, ils ont travaillé la posture (sentir son corps, être dans son corps chantant) et l’attention (se concentrer sur le fond, le sens des mots), en un mot, la concentration.



Abdel Ali nous était à chaque fois d’une très grande aide ! Il pouvait nous traduire facilement, nous étions sûres d’être bien comprises.
 


 

- Interpréter des personnages, ils devaient en choisir un et le mettre en scène. On leur a demandé aussi de jouer des animaux, de les imiter (Rébecca et Anissa avaient remarqué que dans le jeu de présentation, ils avaient souvent cité des animaux pour décrire les goûts et les préférences de l’autre). Ils ont joué individuellement, puis à plusieurs pour apprendre à être en présence d’autres pendant le jeu.

 

- Dans leurs carnets, ils dessinaient beaucoup, écrivaient un peu, souvent dans un français hésitant. Très colorés, ils nous les montraient à toutes avec beaucoup de fierté.


Les impros en silence (jouer le chaud, le froid, le vent, l’aveuglement, etc).

Anissa et Rébecca testaient leurs réactions, essayaient de mieux les cerner, de voir qui pourrait aller plus loin, qui était drôle, elles étaient surprises et constataient des progrès, notamment du côté des filles. Les garçons étaient plus expressifs que les filles, ils osaient plus. Mais elles remettaient aussi les choses dans l’ordre en n’oubliant pas de relever les progrès et les qualités des filles. Elles insistaient toujours sur le fait de se mélanger et de s’encourager.


 

- Le jeu du miroir. Deux personnes devaient être face à face et l’une mimait l’autre.

 

- Raconter un rêve et une histoire avec la mer ou un dessin de la mer. Lecture les carnets avec les rêves des enfants (là encore, il y a eu confusion… ils n’ont pas raconté un rêve récurrent, ou un rêve important, marquant, ils ont écrit ce qu’ils voulaient faire plus tard, ou ils ont décrit une image idéale, seuls quelques uns ont décrits leur rêves, mais ils étaient plutôt sombres…), quelques histoires ont été choisies et les enfants ont lu leurs rêves et d’autres les ont interprétés.

 

- L’excercice de la machine. Un enfant commence à faire un geste et un son répétitif, sur ce premier, vient se connecter un deuxième en le touchant à n’importe quel endroit du corps et fait lui-même un geste et un son, différent, à un rythme différent aussi, s’il veut, le principal étant qu’il le répète en continue sans se tromper, en se concentrant tout en prenant appui sur le son et le mouvement de l’autre. Ainsi de suite tout le monde s’assemble pour former une énorme machine infernale, une orchestration qui trouve son rythme dans la cacophonie. C’est un exercice intéressant pour la résistance, la constance, cela demande une grande concentration et de la force physique.

 

- La chanson « lulaluuula ». Qu’ils connaissaient bien mais que l’on retravaillait pour qu’ils incarnent les paroles et les émotions qu’elle véhicule et/ou qu’ils sentent.

 

- Apporter un objet et raconter dans le carnet son histoire.

 

2- Apprendre et créer :

imaginer une fable, inventer un monde, refaire le monde :

 

Certains élèves se détachaient plus que d’autres, leur monde nous devient peu à peu accessible, ils nous invitent chez eux. Il est important de penser une trame et nous comptons beaucoup sur ces objets pour mieux les connaître et donner au spectacle une dimension locale.

 

Rébecca et Anissa ont écrit ensemble la trame de l’histoire. Le spectacle sera une répétition de scènes représentant les exercices des ateliers, comme la machine surtout, et la chanson (ils doivent apprendre à chanter avec plus d’attention et d’émotion), au 7ème atelier, les enfants ne connaissaient pas encore l’histoire qu’ils raconteraient.

 

a) L’histoire :



C’était un très bon exercice de compréhension française et de travail en arabe, Abdel Ali a tourné l’histoire à la manière d’un conte en arabe.
On a donc commencé les exercices en expliquant cette fois à quel moment de l’histoire ils allaient intervenir.


L’exercice des prénoms allait intervenir au début du spectacle comme une présentation des acteurs, quand Anissa leur a dit qu’il fallait qu’ils passent tous, en alternant fille avec garçon (ils avaient déjà travaillé l’alternance des genres), ils ont été totalement perturbés, ne sachant plus s’arrêter. Il allait falloir les faire travailler sur ça, l’initiative, ils devaient décider du moment. La ronde des prénoms s’arrêtait lorsque Mourad sautait au milieu du cercle en faisant l’âne (hi han), le problème était qu’il ne se décidait pas à réagir. Blocage…. Il y avait beaucoup de blocages et il fallait répéter et répéter pour se défaire d’un mauvais pli ou pour adopter une nouvelle attitude.

 

Quentin, comédien parisien, est arrivé la veille pour nous accompagner dans cette dernière étape : réajuster la mise en scène, organiser les répétitions, préparer les filages. Nos petits apprentis étaient en train de devenir de vrai théâtreux, sans le savoir ! A peine avaient-ils compris l’histoire, qu’ils devaient savoir la représenter en transposant nos jeux, nos exercices des ateliers en pièce de théâtre.

Pour la première représentation devant Quentin, le contexte était loin d’être idéal !

 

b) Les réajustements :

Quentin leur a fait ressentir leur rôle, chacun devait prendre conscience de sa présence sur scène, avec son histoire.

Il a travaillé les émotions, notamment dans la scène du cri, où ils avaient tendance à rire, il leur a fait comprendre qu’il fallait croire ce qu’ils vivaient, que cela leur apportait une émotion vraie, comme dans la vie réelle, où il est important d’incarner vraiment ses émotions.

Tout cela, il l’a fait par le jeu, en décomplexant tout le monde et en faisant prendre conscience que le moment c’était ici et maintenant. Quentin s’est parfaitement adapté, il est entré naturellement dans le jeu avec les enfants, joyeux de sa présence et de son naturel. Nous lui avions tout raconté au préalable et il savait ce qu’il avait à faire, sa présence est venue redonner de l’énergie au projet et son regard neuf et averti a d’un seul coup fait basculer nos ateliers d’initiation aux techniques théâtrales en cours de théâtre pour comédiens en herbe ! Ils ont incarné le projet et l’ont mené jusqu’au bout.

 

c) Le filage :

Nous avons fait confiance à leur spontanéité et à leur intelligence. Je pense aussi à leur curiosité et à leur volonté de faire, d’être là.

Certains n’ont pas voulu participer à la représentation, mais ils étaient là aux répétitions. Serait-ce de la timidité ? Non, nous pensons que leurs parents, ou une pression familiale quelle qu’elle soit, étaient à l’origine.

Nous avons trouvé le rideau de scène ! Chez un tisserand traditionnel d’Essaouira, nous avons choisi la couleur, rouge sombre avec quelques fils dorés… Il nous sera livré demain à midi ! 8m50 au total, 7 m x 2 m pour le rideau de scène et 1m50 x 2m pour la porte. Le rideau sera ensuite réutilisé pour refaire les rideaux des classes. Nous avons demandé à la couturière croisée dans le local associatif des couturières de Diabat de nous coudre les rideaux des salles moyennant rémunération.

 

3) Le jour J :

La représentation a commencé en retard de 20 minutes, nous attendions que tout le monde soit là. Puis… l’histoire commença, dans un sans faute, mieux que jamais ils ont tout seul tout fait ! Rébecca, Anissa et Quentin étaient installés dans le public et moi, je filmais, ils ont réussi à être totalement autonomes, le résultat était inespéré, nous sommes heureux, au de-là de nos attentes. Ils nous ont donné bien plus de satisfaction, d’amitié et de joie que nous pouvions imaginé. Quelle émotion, quel bonheur !

Rachid nous a félicité, il était très étonné du résultat, de la performance en si peu de temps de pratique.

Mobarak m’a dit en sortant qu’on croit toujours que l’enfance est derrière nous alors que nous devrions la voir devant nous.

 

Conclusion : une belle histoire…

 

Nous avons passé des moments émouvants, très enrichissants pour tous. C’est dans cette même classe que nous avons dérogé à la règle ! Des goûters s’y sont tenus, des parties de rigolade, des jeux, des moments de détente, des moments d’observation, des moments d’apprentissage à travers l’expérimentation s’y sont successivement déroulés.

 

Rébecca et Anissa organisaient pour la première fois des ateliers pour partager leur passion du théâtre, leur goût pour le jeu et leur fantaisie créative. De leur côté, les enfants ont vu arriver deux jeunes filles accompagnées de leur professeure, venues de France pour animer des ateliers théâtre. Par des exercices de concentration, de chant, d’expression corporelle, ils nous ont montré qui ils étaient, modelant ainsi la matière que nous avions à leur proposer.

 

Une expérience comme celle-ci ne peut laisser indifférent.

La vie ne peut pas continuer de la même façon. 

 

05/06/2008

Essaouira

  podcast





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18/05/2008

Abdel Ali Moujahid, l’instituteur


Le 26 avril, nous sommes allées dîner chez Abdel Ali, il nous avait déjà conviées pour le samedi précédent, dès la première semaine de notre arrivée, j’ai commis l’erreur de ne pas en reparler… Il nous attendait, peut-être… C’est ce qu’il s’est sans doute dit ce soir-là durant. La communication n’est pas évidente quand on vient de Paris… A Paris, on se confirme souvent les rendez-vous, on se rappelle, un peu trop… Nos agendas sont si pleines qu’on en oublie les invitations ? Non, je crois que nous souffrons d’un manque d’attention, c’est une attitude à ne as savoir se centrer, se concentrer sur peu de choses. Nous voulons beaucoup. Cette attitude de consommateurs m’est apparue très claire au Maroc. Un pli que nous avons.

Ce samedi 26 avril, nous sommes arrivées un peu en retard et il a cru un moment que le sort s’acharnait… Lui qui ne croit pas en Dieu.

Il nous a reçues chez lui, dans son appartement vaste avec une petite terrasse abritée du vent. Nous sommes très vite montés sur la terrasse pour profiter des derniers rayons ou plutôt du ciel encore illuminé… Autant dire que nous avons été reçues comme trois princesses ! Chacune de nous a eu droit à un plat. Moi, portugaise d’origine, des poissons grillés accompagnés d’une salade de riz au poisson. Anissa, d’origine algérienne, un tajine au poisson. Ensuite, une fois que le froid fut plus intense et que la chaleur de nos couvertures ne fut plus suffisante, on descendit au salon. Là, l’épouse d’Abdel Ali fit honneur à Rebecca et nous transporta tous au de-là de nos limites avec un plat spécial, héritage juif, souvenirs d’enfance d’Abdel Ali, de la couturière qui lui faisait ses habits d’école et tout l’univers affectif qui va avec. Il nous a dit combien il se souvenait de ce moment, 1967, où les juifs d’Essaouira sont repartis pour leurs terres d’Israël. Une saveur unique, une couleur étrange, des œufs des pommes de terre, du riz et des épices tellement délicieuses qu’on ne pouvait s’arrêter de manger, d’en reprendre pour goûter à nouveau de cette rareté ! Mais nous n’avions pas encore fini de dîner ! Deux poulets grillés venaient clore le ballet culinaire, une extase gustative. Mes papilles en joie n’ont pas résisté aux volailles, les meilleures d’Essaouira, préparées avec soin par l’épouse d’Abdel Ali. Nous avons terminé de manger à 2h du matin. Quelle soirée ! Ce moment nous accompagnera longtemps, car au de-là du geste, du régale culinaire, il y avait la joie et l’enthousiasme nés de cette rencontre.

Cela fait 20 ans qu’Abdel Ali enseigne à Diabet, 2 ans chaque jour, le matin ou l’après-midi. L’argent ne suffisait pas pour que la famille vive décemment et Abdel Ali a toujours dû travailler à côté, il a été forgeron d’abord, il travaillait dans une forge puis comme menuisier, il sculptait le bois (thuya) à la manière marocaine, par incrustation de petites pièces de bois sculptées différents (citronnier, ébène…) et de morceaux de nacre parfois. Quel talent ! J’ai vu ses réalisations, elles sont étonnantes, il a vraiment été menuisier pendant tout ce temps, il a réalisé des meubles, des clients Marocains. Il me parlait du design actuel, de l’art pratiqué aujourd’hui et qui n’était pas reconnu par nous, voyageurs occidentaux, trop attirés par le folklore et la marqueterie d’hier…

Abdel Ali est intelligent et doué.

Il est aussi conscient.

Réaliste et révolté, peut-être est-ce pour cela qu’il n’a jamais cessé d’enseigner. Il voudrait que chacun de ses gamins trouve une place, un métier qui lui donne les moyens de vivre plus librement. Quand il en croise un qui est devenu pousseur de charrettes dans la médina où la circulation automobile est interdite, il est déçu, presque en colère qu’un enfant trouve dans ce pays plus de prestige à gagner quelques sous dès l’âge de 12 ou 13 ans plutôt que de poursuivre ses études. Le problème est plus vaste car même si pour certains il est plus important de vite gagner sa vie, ceux qui veulent continuer se trouvent confrontés à des difficultés matérielles insurmontables pour beaucoup de famille.

Grâce à lui, parce qu’il parle parfaitement le français et parce qu’il est callé en histoire, j’ai plongé dans le Maroc et sa réalité sociale de plein pied. J’ai partagé beaucoup de moments avec lui, des situations qui m’ont fait entendre les problématiques actuelles.

Pays de la diversité, ville ouverte sur l’Océan, présence des Portugais, de l’Afrique, du peuple berbère, des Arabes, des Juifs et des Français, sous le protectorat… Le Maroc n’était pas ne colonie comme les autres, mais un protectorat. Un contrat d’exclusivité avec la France en échange du respect du pouvoir en place, le sultan, et la religion musulmane. C’est l’islam qui unit, et avec cette uniformité religieuse, une arabisation de la culture.Les Arabes se sont approprié la culture locale, une assimilation où résonne la non reconnaissance, un vol qui sonne comme un viol.

Il m’a montré le pays berbère, le sud de l’Atlas, là où les montagnes prennent leur appui tout près de la mer. Les douars, à flanc de montagne, souvent sur un rocher ou une colline, forment un regroupement de maisons où vivent des personnes appartenant à une même famille. On dirait de petits villages entourés de murs, ocres comme les pierres et la terre, en harmonie, et en toute modestie, avec le paysage.

C’était beau, divers, varié, d’un champ de pierres rempli d’arganiers centenaires on passait à un désert de pierres puis à une oasis où la verdure éclatait verdoyante, provocante. Et le douar majestueux du sultan en ruine, après l’indépendance… plus aucune trace de l’abondance et de jardins délicieux… Des traces infimes qui transportent l’imaginaire et rendent incompréhensible cette barbarie : un carnage, tout est par terre, détruit. Le décalage est à la mesure de la violence et de la tragédie. Il y a 50 ans.

 

Abdel Ali est plein d’ironie vis-à-vis du monde qui l’entoure. Il voit le fanatisme, il observe les comportements, il pratique ce monde depuis toujours, son regard est cinglant et ses connaissances historiques lui donnent du fil à retordre…

Il est Arabe par sa mère (de Safi), c’était elle qui était noire, et berbère par son père, un berbère de la région. Il est né dans une famille de dix enfants.

 

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08/05/2008

Au revoir...


 

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06/05/2008

Le Jour J !

Pour bien commencer la journée… avec tout ce que nous avions à prendre, le pneu de la voiture était à plat ! Rébecca, Anissa et Quentin ont filé en taxi jusqu’à l’école tandis que moi je restais pour faire réparer le pneu, de toute façon il fallait récupérer le rideau à midi. Je les rejoindrai pour le déjeuner.

Mais à midi le rideau n’était pas prêt… il a fallu attendre 15h30. Ne jamais s’y prendre à la dernière minute quand on veut quelque chose de particulier…. Et il n’y avait pas 8m50 mais 7m… j’ai dû prendre un autre tissu, d’une couleur différente. Ce sont les aléas du direct !

En route avec tout le reste de la marchandise et les rideaux et le pique nique, j’ai rejoint les autres.

Nous avons passé le reste de l’après-midi à installer le décor.

Les élèves sont arrivés peu à peu, joyeux comme à leur habitude, tous bien habillés, soignés. Un plaisir de les voir !

Ils se sont mis dans la salle d’à côté pendant que tout le monde arrivait. Les mamans sont d’abord arrivées avec leurs petits, il y avait plein d’enfants ! Ensuite, sont venus les hommes, ils ne se sont pas mélangés aux femmes. Certains membres de l’association Afoulki étaient là, notamment Rachid Sardawi, instituteur aussi, et Mobarak Erraji, poète.

La représentation a commencé en retard de 20 minutes, nous attendions que tout le monde soit là. Puis… l’histoire commença, dans un sans faute, mieux que jamais ils ont tout seul tout fait ! Rébecca, Anissa et Quentin étaient installés dans le public et moi, je filmais, ils ont réussi à être totalement autonomes, le résultat était inespéré, nous sommes heureux, au de-là de nos attentes. Ils nous ont donné bien plus de satisfaction, d’amitié et de joie que nous pouvions imaginé. Quelle émotion, quel bonheur !

Rachid nous a félicité, il était très étonné du résultat, de la performance en si peu de temps de pratique.

Mobarak m’a dit en sortant qu’on croit toujours que l’enfance est derrière nous alors que nous devrions la voir devant nous.

Beau… et sensible, comme ses poèmes :

« Enfant, j’ai jeté tous mes cahiers à la mer

Et je suis revenu avec des coquillages et des îles

On me donnait zéro

Et mes yeux d’enfant me donnaient

Le point lointain de l’univers »

Nous avons tous fini en fête avec les enfants, les instituteurs, le directeur et les membres d’Afoulki dans la salle d’Aïcha, salle de fêtes !

 



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05/05/2008

Répétitons...

Filage...

 

Toute la journée du samedi (10h-12h30 et 15h-18h), répétitions, réajustements, avec quelques cafouillages (pas facile à tenir des petits en vacances, avec l’envie de jouer, après 2 semaines de fréquentation, certains se lâchent et déconcentrent les autres).

Lundi, le directeur Mohamed Benmoumou est venu nous rendre visite. Il y a eu au total trois filages et la répétition de scènes spécifiques.

Ils ne seront jamais prêts mais il faut faire confiance à leur spontanéité et à leur intelligence. Je pense aussi à leur curiosité et à leur volonté de faire, d’être là. Certains n’ont pas voulu participer à la représentation, mais ils étaient là aux répétitions. Serait-ce de la timidité ? Non, nous pensons que leurs parents, ou une pression familiale quelle qu’elle soit, étaient à l’origine. Ce que nous partagions ensemble nous permettait d’avoir confiance malgré tout !

Mais malgré tout aussi, le trac était là !

Nous n’arrivions pas à y croire, déjà la fin ! Déjà demain !

Et déjà jeudi, le départ…

 

Aujourd’hui, nous avons trouvé le rideau de scène ! Chez un tisserand traditionnel d’Essaouira, nous avons choisi la couleur, rouge sombre avec quelques fils dorés… Il nous sera livré demain à midi ! 8m50 au total, 7 m x 2 m pour le rideau de scène et 1m50 x 2m pour la porte. Le rideau sera ensuite réutilisé pour refaire les rideaux des classes. Nous avons demandé à la couturière croisée dans le local associatif des couturières de Diabat de nous coudre les rideaux des salles moyennant rémunération.

 


 

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Ce soir, nous avons préparé le panneaux en paille tressée avec les photos développées pour l’occasion. Anissa, Rébecca et Quentin sont allés acheté des bonbons et des brosses à dents ! Demain, tout le monde aura un petit cadeau et deux photos des ateliers.




 

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02/05/2008

Atelier 10

Aujourd’hui, les enfants sont arrivés en avance d’une heure ! Quentin, comédien parisien, est arrivé la veille pour nous accompagner dans cette dernière étape : réajuster la mise en scène, organiser les répétitions, préparer les filages. Nos petits apprentis sont en train de devenir de vrai théâtreux, sans le savoir ! A peine ont-ils compris l’histoire, qu’ils doivent maintenant savoir la représenter en transposant nos jeux, nos exercices des ateliers en pièce de théâtre. Aujourd’hui, comme le week-end est férié, 1er mai oblige, pas d’école et certains sont partis, d’autres aident leur parents.

Pour la première représentation devant Quentin, le contexte était loin d’être idéal !

A notre arrivée, un goûter nous attendait, nous avons donc d’abord commencé par de délicieuses crêpes apportées par Chaima et sa famille. Ce n’est qu’après que la générale devant Quentin pu avoir lieu.

Les réajustements

Quentin leur a fait ressentir leur rôle, chacun devait prendre conscience de sa présence sur scène, avec son histoire.

Il a travaillé les émotions, notamment dans la scène du cri, où ils avaient tendance à rire, il leur a fait comprendre qu’il fallait croire ce qu’ils vivaient, que cela leur apportait une émotion vraie, comme dans la vie réelle, où il est important d’incarner vraiment ses émotions.

Tout cela, il l’a fait par le jeu, en décomplexant tout le monde et en leur faisant prendre conscience que le moment c’était ici et maintenant. Quentin s’est parfaitement adapté, il est entré naturellement dans le jeu avec les enfants, joyeux de sa présence et de son naturel. Nous lui avions tout raconté au préalable et il savait ce qu’il avait à faire, sa présence est venue redonner de l’énergie au projet et son regard neuf et averti a d’un seul coup fait basculer nos ateliers d’initiation aux techniques théâtrales en cours de théâtre pour comédiens en herbe ! Ils ont incarné le projet et l’ont mené jusqu’au bout.




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01/05/2008

Atelier 9

Aujourd’hui, les élèves étaient surexcités, il en manquait à cause du 1er mai, la fête du travail donc la détente est rendez-vous… On s’adapte aux circonstances, les absents sont remplacés. Il faut leur faire comprendre la succession de l’histoire en répétant pour qu’ils intègrent chaque moment. Hannan nous a préparé un goûter en classe à 10h30… On a fait une grande pause et Abdel Ali est arrivé, la rigueur est revenue ! Ouf ! Nous avions peur de ne pas y arriver, mais la mission fut accomplie, ils ont répété et ont un peu plus pris conscience de leur rôle.
Aïcha est venue habillée en civil, sans sa blouse blanche de prof, elle avait l’air plus joyeuse.




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30/04/2008

Atelier 8

L’histoire :

"Il était une fois une très belle princesse dans un jardin, magnifique, rempli de fleurs. C’était un village très paisible avec beaucoup de chèvres. Il y avait aussi de nombreuses poules.

Un jour, alors qu’elle se reposait dans son jardin, la princesse entendit le peuple crier. Ce fut la panique. Un petit enfant du village voulut prévenir le grand chef. Malheureusement, il ne parvint pas à se faire entendre.

Et là, un horrible dragon arriva.
La Princesse décida d’affronter le dragon et chanta une chanson pour l’apaiser.

La chanson de la princesse était tellement belle que le dragon libera les personnes qu’il avait avalées.
Ce fut la fête au village."

Abdel Ali a écrit l’histoire au tableau, les élèves l’ont recopiée sur leur carnet. Pour la première fois, ils découvraient l’histoire dans sa globalité, ils ont répété les mots, les phrases.
C’était un très bon exercice de compréhension française et de travail en arabe, Abdel Ali a tourné l’histoire à la manière d’un conte en arabe.
On a donc commencer les exercices en expliquant cette fois à quel moment de l’histoire ils allaient intervenir.
Pour l’exercice des prénoms qui intervient au début du spectacle comme une présentation des acteurs, quand Anissa leur a dit qu’il fallait qu’ils passent tous, en alternant fille avec garçon (ils avaient déjà travaillé l’alternance des genres), ils ont été totalement perturbés, ne sachant plus s’arrêter. Il va falloir les faire travailler sur ça, l’initiative, ils doivent décider du moment. La ronde des prénoms s’arrête lorsque Mourad saute au milieu du cercle en faisant l’âne (hi han), le problème est qu’il ne se décidait pas à réagir. Blocage…. Il y a beaucoup de blocages et il faut répéter et répéter pour se défaire d’un mauvais pli ou pour adopter une nouvelle attitude.
On a terminé par un jeu de récréation pour détendre l’atmosphère et souder les liens, une grande ronde, on désigne un chef, tout le monde le copie et le but est de deviner qui est le chef. Abdel Ali a joué et il s’est fait piégé par ses élèves.
Ils doivent apporter des instruments de musique pour le lendemain.



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29/04/2008

Atelier 7

Pour la première fois les exercices travaillés entreront tous dans le spectacle, Rébecca et Anissa ont écrit ensemble la trame de l’histoire et savent ce qu’elles veulent voir apparaître.
L’atelier sera une répétition de scènes, comme la machine surtout, et la chanson (ils doivent apprendre à chanter avec plus d’attention et d’émotion), ils ne connaissent pas encore l’histoire qu’ils raconteront.



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28/04/2008

Atelier 6

Abdel Ali était là pendant tout l’atelier ou presque, il a beaucoup ri aujourd’hui ! Après les exercices de concentration, aujourd’hui parfaitement exécutés, ils ont recommencé l’exercice de la machine, encourageant. Ensuite, il y a eu des impros, et c’est là que l’instit s’est éclaté. Rachid et Zakaria ont joué ensemble celui qui ne voit rien, n’entend rien, joue l’indifférent et celui qui cherche à être entendu et déploie tous ses efforts pour le faire, vainement. L’un est petit avec une tête circassienne, l’autre très grand et maigre, ce jour-là, il avait un pantalon trop court… La scène était très drôle ! Ils ont mimé des animaux et lu l’histoire de l’objet qu’ils avaient apporté. Ce n’est pas ce que nous avions espéré… Ils avaient apporté un objet très personnel, un jouet, une peluche tigre, un dauphin rose, une montre, des médailles… Leur histoire de 10 ans de vie. C’était mignon, mais il n’y avait pas matière à un spectacle.



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L’atelier s’est ensuite déroulé dehors, ils ont couru et crié. Il fallait exactement courir, s’arrêter, crier. C’est une façon de contrôler les mouvements du corps en lui faisant adopter une posture totalement inverse, immobiliser son corps et crier, prolonger le mouvement par la voix. C’est aussi un exercice de groupe. Il faut partir ensemble, courir, s’arrêter et crier ensemble.



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Nous sommes allés ensuite nous promener dans Diabat, nous avons vu le ranch de la ville, des chevaux, et Morcine qui travaille de temps en temps pour se faire un peu d’argent. Il est le dernier d’une grande famille, il est né prématuré, au départ rebelle, il s’est peu à peu assagi et a gagné notre sympathie.



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26/04/2008

L'école du bout de la piste...

Ce matin, nous sommes allées avec le directeur Mohamed Ali Benhamou jusqu’à l’école mère, l’école du bout de la piste, en quittant la ville par le Nord, sur la route de Marrakech, au premier embranchement sur la gauche, vers Safi, à peine 30 mètre sur la gauche, se trouve la fameuse piste… et une école perdue entre les arbres, les cailloux et le sable. Nous avons retrouvé le carnet envoyé pour le premier contact, ainsi que les enfants. Nous nous sommes présentées et Anissa et Rébecca ont fait quelques exercices, mais les enfants étaient intimidés, il y avait quelques bons éléments.

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Le directeur nous a invité à venir dans son bureau et a insisté sur le fait que l’expérience doit se poursuivre, qu’ils regrettaient qu’elle n’ait pas pu se produire à l’école mère car elle est comme une vitrine, c’est une école pilote, qui se veut un exemple pour les autres. Nous aurons certainement la possibilité de renouveler l’expérience et de mettre en place une structure pour des projets de « découverte des arts », peinture, cinéma et théâtre. Inch Allah !

25/04/2008

Atelier 5

Pour aujourdhui, Anissa et Rébecca ont demandé de raconter un rêve et une histoire avec la mer ou un dessin de la mer. Les enfants étaient surchauffés à block ! Il faisait très chaud, le vent s’est arrêté et c’est une vraie fournaise… A l’école, on en a souffert !
Aujourd’hui nous avons eu des visiteurs ; Khadija est venue avec une famille de Français, Jacques et Joelle, et leurs trois enfants. Nous allons louer leur appartement à côté de Bab Doukkala à partir de la semaine prochaine, le 2 mai, et nous les voyons pour la première fois. Depuis le début de notre séjour, nous sommes en location chez Khadija qu nous a laissé sa maison de campagne à Razoi, à 8 km d’Essaouira et 6 de Diabat. Elle nous a bien facilité la vie pour la location, nous avons aussi la voiture de l’Association Afoulki pour nos déplacements.
Un nouvel exercice après la balle et la respiration : le cri. Un bon exercice pour les calmer ! C’est souvent difficile l’après-midi, surtout quand il fait chaud ! On regretterait presque le vent trop fou d’Essaouira. Ensuite, Anissa et Rébecca ont expliqué un nouveau jeu, celui de la machine. Un enfant commence à faire un geste et un son répétitif, sur ce premier, vient se connecter un deuxième en le touchant à n’importe quel endroit du corps et fait lui-même un geste et un son, différent, à un rythme différent aussi, s’il veut, le principal étant qu’il le répète en continue sans se tromper, en se concentrant tout en prenant appui sur le son et le mouvement de l’autre. Ainsi de suite tout le monde s’assemble pour former une énorme machine infernale, une orchestration qui trouve son rythme dans la cacophonie. C’est un exercice intéressant pour la résistance, la constance, cela demande une grande concentration et de la force physique. La machine, au début mal comprise, s’est peu à peu mise en place. L’exercice est difficile mais très intéressant, il sera gardé.
Après une petite pause qui a permis aux filles de lire les carnets avec les rêves des enfants (là encore, il y a eu confusion… ils n’ont pas raconté un rêve récurrent, ou un rêve important, marquant, ils ont écrit ce qu’ils voulaient faire plus tard, ou ils ont décrit une image idéale, seuls quelques uns ont décrits leur rêves, mais ils étaient plutôt sombres…), quelques histoires ont été choisies et les enfants ont lu leur rêves et d’autres les ont interprétés. En direct, Anissa et Rébecca leur ont montré qu’on pouvait animer une vision, un rêve.
L’atelier s’est terminé avec des chansons, on leur a demandé de chanter quelques chansons dont « lulaluuula » qui sera gardée pour le spectacle.
Pour lundi, ils devront apporter un objet et raconter dans le carnet son histoire.


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Nous sommes maintenant à la moitié des ateliers, la composition du spectacle se met peu à peu en place, certains élèves se détachent plus que d’autres, leur monde nous devient peu à peu accessible, ils nous invitent chez eux. Il est important de penser une trame et nous comptons beaucoup sur ces objets pour mieux les connaître et donner au spectacle une dimension locale.
Surprise, après l’atelier, Aïcha vient nous annoncer que Touria nous invite chez elle pour un thé, elle invite aussi tous ceux qui sont là… et ce fut monumental ! Quel accueil, nous ne nous attendions pas à une telle démonstration de bienvenue.
Les familles, comme les enseignants, tous nous font comprendre que nous représentons beaucoup, des projets comme le nôtre sont presque inexistants en zone rurale, ils ont besoin de nous, ils ont besoin de formation, le directeur a insister sur ce fait, la transmission et l’autonomie.

En fin de journée, nous sommes allées à l’Alliance Française pour assister à un spectacle, la veille, nous avions rencontré le président de l’Alliance pour lui parler de notre projet et ils nous avait inviter à venir voir le travail de la prof de français de l’Alliance cette année, c’était la représentation de fin d’année. C’était le dernier jour pour la prof et ses élèves, un adieu très émouvant, ils pleuraient tous, sauf la prof, elle n’a pas craqué. Dans cette ambiance, nous n’avons pas voulu interrompre un moment si émouvant, nous n’avons échangé que quelques mots, mais le spectacle parle de lui même : autour d’une table, diverses nationalités réunies qui sont autant de rencontres avec le Maroc et sa diversité. C’est toujours la rencontre qui est intéressante, l’effet qu’elle produit sur ceux qui se trouvent. Le voyage est un plaisir, l’échange, un enrichissement.
Je ne sais pas ce que donnera notre rencontre avec les enfants, totalement étrangers aux pratiques théâtrales, c’est pour eux un événement unique de nous avoir ces quelques jours, ils découvrent, s’expriment et inventent un peu plus.

24/04/2008

Atelier 4

De jour en jour, les enfants remplissent leurs petits carnets. Ils dessinent beaucoup, écrivent un peu, souvent dans un français hésitant. Mais ils sont touchants, très colorés, ils nous les montrent à toutes avec beaucoup de fierté.
Ils s’améliorent pour l’exercice de la balle et celui de la concentration (même si certains sont encore trop tendus ou en contact avec les autres au lieu de se centrer sur soi). Ils ont ensuite fait des impros en silence (jouer le chaud, le froid, le vent, l’aveuglement, etc). Anissa et Rébecca testent leurs réactions, essaient de mieux les cerner, de voir qui pourrait aller plus loin, qui est drôle, elles sont surprises et constatent des progrès, notamment du côté des filles. Elles voient bien d’emblée que les garçons sont plus expressifs que les filles, ils osent plus. Mais elles remettent aussi les choses dans l’ordre en n’oubliant pas de relever les progrès et les qualités des filles. Elles insistent toujours sur le fait de se mélanger et de s’encourager.
Alors, aujourd’hui on a assisté à plus de manifestations personnelles, l’un a apporté des pierres, en a offert une à Anissa (ce sera le début de plein de petits cadeaux…), d’autres ont apporté quelque chose, comme un ballon.
L’atelier s’est terminé avec le jeu du miroir. Qu’ils n’ont pas vraiment compris. Deux personnes devaient être face à face et l’une mimait l’autre. Ils ont fini par comprendre, mais ils le joueront mieux plus tard, dans un atelier ultérieur. Patience…




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23/04/2008

Atelier 3

  podcast



La porte de la salle était ouverte quand nous sommes arrivées, Abdel Ali, l’instituteur, nous attendait. Il nous est à chaque fois d’une très grande aide, surtout en ces débuts ! Il peut nous traduire facilement, nous sommes sûres d’être bien comprises.
Pendant les ateliers, il reste dans une salle plus loin, abandonnée, une salle de classe où sont empilées de vieilles chaises poussiéreuses. Un refuge étrange pour venir faire une pause. Une classe en ruine, aux murs défoncés.
L’état de délabrement de l’école est tel qu’ils n’ont pas l’électricité, les toilettes sont systématiquement bouchés, ils n’ont rien pour jouer…
Pour l’électricité, grâce à Afoulki, le problème va être résolu apparemment. Mais il s’agissait d’une histoire un peu bizarre. L’école appartient à la commune mais elle a été construite sur un terrain privé. La propriétaire du terrain refusait que l’électricité entre chez elle ! L’école a été construite pour avoir de l’électricité, l’installation électrique est là, complète. Je ne peux pas m’empêcher de faire un parallèle avec ce que m’a dit Abdel Ali, c’est peut-être « haram », c’est-à-dire, interdit par le Coran ?... Va savoir… avec l’obscurantisme, on a de triste surprises.
L’agitation était là aujourd’hui, après les exercices habituels de concentration, ils ont joué des personnages, ils devaient en choisir un et le mettre en scène. On leur a demandé aussi de jouer des animaux, de les imiter (Rébecca et Anissa avaient remarqué que dans le jeu de présentation, ils avaient souvent cité des animaux pour décrire les goûts et les préférences de l’autre). Ils ont joué individuellement, puis à plusieurs pour apprendre à être en présence d’autres pendant le jeu.



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L’après-midi s’est terminé avec un super goûter dans la salle d’Aïcha (la classe des pré-scolaires, la plus agréable des trois, bien décorée par ses soins), les enfants ont tous donné 2 dirhams pour l’achat et la confection du goûter (des gâteaux et du thé).
Pas de photos, ni de vidéos… J’avais pourtant les fils pour brancher les batteries, mais il n’y avait pas d’électricité. Des aléas… auxquels nous devrons nous adapter.
C’était un beau moment, nous avons pris le thé ensemble et le directeur était là, de passage pour nous voir et assister à un des ateliers. Les enfants nous ont encore chanté des chansons, en faisant des gestes appris comme une chorégraphie. J’ai particulièrement été touchée par une chanson « Lulalulaluuula », elle raconte que nous devons préserver nos forêts, vivre avec notre environnement et être unis, ensemble nous sommes plus forts. Elle dit que dans l’arbre il y a la branche, sur la branche, il y a le nid et dans le nid il y a l’œuf, dans l’œuf, il y a l’oiseau… Le bien le plus précieux est dans toute chose, même la plus cachée… J’ai trouvé la chanson tellement belle, peut-être la chantaient-ils avec beaucoup de joie et c’est pour ça que je l’ai remarquée… Dès ce jour, à travers les exercices, commencent à se mettre en place des éléments qui intégreront le futur spectacle : ils danseront, joueront des percussions et chanteront. Ceci a été clair très rapidement pour nous.
Nous commençons à les connaître et ils ont un potentiel énorme, une vitalité sans pareille, ils participent volontiers et très spontanément, mais ils ont du mal à se singulariser et à faire des propositions nouvelles, ils suivent volontiers mais il ne faut pas leur demander d’inventer, d’imaginer. Pas encore.

Ici plus qu’ailleurs, ce sont les inégalités dues à une injuste répartition des biens qui sont révoltantes. Quelle différence entre les enfants des riches et les enfants des pauvres ! Abel Ali me disait en me parlant de ses gamins qu’ils étaient comme tous les gamins du monde, pleins d’ambitions, de rêves. Il était triste en disant cela, triste d’avance parce qu’il sait que la vie ne leur réservera rien de semblable…

22/04/2008

Atelier 2

Encore un peu timides, les élèves sont arrivés ce matin à l’heure, 9h30. Ils ont repris l’exercice de la balle. On a remarqué, outre la séparation entre genres et le jeu qui avait tendance à ne se faire qu’entre filles ou garçons uniquement, qu’ils avaient tendance à se disperser, c’est-à-dire à ne pas se concentrer, être là, dans le jeu.
Nous sommes passés à l’extérieur pour pratiquer des exercices qui demandent une plus grande amplitude spatiale et qui leur permettront de se défouler… D’abord, le cri. Tous regroupés, ils devaient courir en silence, s’arrêter puis crier le plus fort possible. Ils n’ont pas compris ! Tous pourtant volontaires, il n’y a pas de difficultés pour participer et exécuter quelque demande que ce soit. Mais le problème est encore là, ils réagissent trop vite et ne prennent pas le temps de comprendre, ils miment. Voulant leur ré-expliquer, Rébecca reprend son explication et ajoute qu’ils n’étaient pas obligés de faire le même son à chaque fois, ils pouvaient aussi faire A, EU, I, O, U… Le premier s’exécute et le voilà qu’au lieu de crier, il fait « aaaaa, eeeee, iiiii, oooooo »… Bon, il allait falloir faire preuve de patience…
A nous de nous adapter maintenant, puisqu’ils ont l’air de mimer, il fallait leur montrer, leur donner l’exemple participer.
Ce n’a pas été une chose facile pendant le reste des ateliers. Quand on enseigne, il faut à la fois être dans le rôle de celui qui montre, celui qui vit ce qu’il enseigne et celui qui gère le groupe, car on est maître d’orchestre, c’est nous qui donnons le tempo et qui inventons la musique, le mode sur lequel on va jouer la partition. C’est plus qu’un jeu d’acteur, il y a une part importante d’improvisation. Il faut pouvoir être concentré tout en s’adaptant aux mouvements spontanés de certains et aux désordres généralisés (ils se parlent pour s’expliquer ce qu’ils comprennent, comme tous n’ont pas le même niveau en français, les plus forts expliquent aux plus faibles).
Nous avons ensuite constitué trois groupe pour des exercices de relaie. Il fallait en un aller-retour courir, puis sauter à cloche pied, faire des pas chassés, passer à quatre pattes sous les jambes du prochain joueur.
Tous cela nous a permis de nous rapprocher d’eux, de nous familiariser par le jeu, un contacte ludique qui accélère le tissage de notre relation.

Après la pause, Hannis, Félix, Willy et Natcho (que nous avions rencontré dimanche) sont venus avec leurs instruments de musique(didjé ridou, guitare et percussions) ils ont participé à l’atelier et grâce à eux un exercice d’expression corporelle a pu être mis en place. Un voisin est venu aussi se joindre à nous, Mbark, le mari d’Halima (la sainte de Diabat… j’en parlerai plus tard), il avait apporté son instrument de musique, le guimbri (une sorte de guitare à 3 cordes, en peau et en bois). Un jeu d’improvisation sur de la musique, en cercle, les enfants passaient au milieu et dansaient. Nous avons constaté à quel point ils étaient contents, leur gaieté rayonnait sur leur visage.
Ce deuxième atelier a vraiment permis de resserrer les liens et nous a soudé. Les enfants ont maintenant confiance et apprennent à vire autre chose dans leur école. Ce n’est pas simple pour eux de sortir du cadre et d’y mettre cette chose qu’est le théâtre. Ils explorent d’autres territoires, testent de nouvelles limites.
Le cours s’est terminé sur leur hymne national, et à partir d’une chanson connue, ils ont travaillé la posture (sentir son corps, être dans son corps chantant) et l’attention (se concentrer sur le fond, le sens des mots), en un mot, la concentration.

Avant de nous quitter, ils ont eu un petit travail à faire en plus des quelques lignes d’écriture sur l’atelier du jour, choisir un personnage, expliquer pourquoi ce personnage en particulier.



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21/04/2008

Atelier 1

3 heures avec les enfants aujourd’hui. Une après-midi ensemble, notre premier moment avec eux dans cette petite salle, Abdel à nos côté pour un temps aujourd’hui, et nous voilà parties !


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Le premier exercice mis en place et qui sera répété à tous les ateliers a été celui de la balle : les élèves en cercle font semblant de s’envoyer une balle en disant le prénom de celui à qui ils l’envoient, celui qui la reçoit fait la même chose. Ainsi de suite, nous leur apprenons à poser leur voix, à parler distinctement, le prénom de chacun résonne ainsi chaque jour en début d’atelier dans la salle de classe, les voix marquent leur présence et nous apprenons à les connaître, c’est aussi pour nous un bon moyen mémo technique pour retenir leurs prénoms…
Ensuite, vint l’exercice de la présentation… C’est là que nous avons mesuré l’ampleur de la difficulté ! C’est un exercice qui consiste à présenter un camarade, deux élèves passent, l’un présente l’autre et inversement. Très volontaires, nous n’avons pas eu de mal à trouver des candidats, mais ils n’avaient rien compris… Ils se présentaient eux-mêmes et dans un très mauvais français, à peine compréhensible. Nous ne sommes pas intervenus dès le début, croyant que certains auraient compris, mais au troisième, ils faisaient tous pareil… Il a fallu ré-expliquer. Nous parlions trop vite, et eux, trop vite aussi, répondaient oui à toutes nos questions, ils ponctuaient même chacune de nos phrases par oui, nous donnant l’impression qu’ils comprenaient parfaitement.
Il y allait y avoir la barrière de la langue et nous devions faire appel à un autre langage pour nous faire bien comprendre.
Rébecca et Anissa vivent pour la première fois une expérience pareille, elles sont en position d’enseignantes, elles vont montrer, transmettre, accompagner. Ce n’est pas simple pour une première fois, nous sommes au Maroc, ils ont entre 10 et 12 ans… Heureusement, ils sont dociles, il n’y a pas vraiment eu de problèmes d’autorité, mais il y a des codes culturels différents. 4 filles sur 12 portent le voile. Les filles sont plus timides et introverties que les garçons. Ils ont du mal à se mélanger, à se toucher, à jouer ensemble. On sent parfois de la part des garçons un complexe de supériorité vis-à-vis des filles.
L’expérience ne sera pas inintéressante à ce niveau pour eux ! Nous sommes trois filles, deux générations différentes, l’une d’origine algérienne, l’autre portugaise et une juive… une belle variété qui se réuni pour un projet et qui vient jusqu’à eux.
Ils semblent pourtant tenir à l’égalité, c’est une notion importante pour eux, à leur âge. Mais il y a aussi ce qu’ils vivent individuellement : ils sont en train de devenir des hommes et des femmes, c’est le début de leur sexuation et ils se séparent automatiquement, plus à cet âge qu’à un autre. Disons que dans un contexte actuel qui tend à aller vers une affirmation des précepte de l’Islam radical, il est facile de leur inculquer un comportement par rapport à leur sexualité (qui est le rapport à soi, à son corps et à l’autre, dans sa différence) et par voie de conséquence d’agir sur leur comportement social. Dans les campagnes, alors que les parents vivent dans le plus grand dénuement pour certains, parfois analphabètes, il est trop facile pour ces enfants de mal tourner et de se marginaliser, ou bien de perpétuer cette misère sociale.
L’atelier s’est terminé par la distribution des carnets et des trousses. Ils ont commencé à écrire leur journée, leur premier atelier théâtre.
Tous les jours, sur leur carnet, ils devrons noté l’activité du jour avec ce qu’ils ont aimé, ce qu’ils n’ont pas aimé.
Pour eux, ils s’agit aussi d’un exercice d’expression française, ils vont progresser en français à notre contact, l’écriture les aidera, ils parlerons peut-être avec plus de facilité.
Diabat n’est pourtant pas loin d’Essaouira où tout le monde semble parler le français, où tellement de Français vivent… Aujourd’hui, l’enseignement du français a reculé dans les écoles, les jeunes le parlent moins bien qu’il y a 10 ou 15 ans, en zone rurale, ils ne sont pas bilingues.

19/04/2008

Dans le vif du sujet


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L'école de Diabat est à 2 km d’Essaouira, à l’embouchure de l’oued Qsob.
Nous avions rendez-vous avec Khadija, la fondatrice de l'Association Afoulki et notre contact sur place, dès le lendemain de notre arrivée, le samedi 20 avril, à 10h pour voir les enfants de Diabat.

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Nous avons visité les trois classes : celle des 1°, 2°, 3° et 4° année du professeur Saïd Harabida, celle des pré-scolaires de Aïcha et la nôtre : les 5° et 6° année que se partagent Abdel Ali Moujahid (prof d'arabe et de maths) et Hamed Filali (prof de français).
Nous avons un groupe de 26 élèves entre 10 et 12 ans.
Ils nous ont chanté l'hymne national avec beaucoup d'énergie et d'enthousiasme. Leurs voix résonnaient comme le métal, avec éclat et force.
Le directeur était là aussi.
Nous avons présenté notre projet. Ils sont ravis de nous avoir avec eux, de collaborer avec eux dans la formation et l'épanouissement des enfants de Diabat.
Saïd est le professeur le plus ancien, il est là depuis 1978 et Aïcha fut son élève. Elle, c'est la plus jeune recrue, depuis 2002. Hamed est là depuis 88 et Abdel est arrivé dans les années 90. Il a fait du théâtre autrefois et aimerait bien assister aux ateliers. Ils nous a dit, en nous quittant, que c'était un jour important dans sa vie. Il aime ses gamins et il s'amuse beaucoup avec eux.
Ils se connaissent tous et forment une grande famille, les enseignants savent les traits de caractère des uns, les histoires des autres. J'ai remarqué qu'il y avait beaucoup de bonté et de bonne humeur. Notre présence signifie beaucoup pour eux.



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  podcast



L’Association Afoulki  veut apporter aux enfants de la campagne de la province d’Essaouira les moyens, à travers l’éducation, d’affronter les temps d’aujourd’hui. Leur projet est ambitieux et pour qui le lit, idéaliste. Pourtant, il est réaliste. L’enseignement aujourd’hui au Maroc n’est pas encore au point, notamment dans les zones rurales. Les écoles se sont pas si éloignées d’Essaouira mais elles sont vraiment marginalisées, il n’y a que les murs, un peu de matériel scolaire, pas d’eau, pas d’électricité, pas de jeux dans la cour. Rien. Afoulki veut que ces enfants est le droit comme les autres d’avoir les outils qui les aiderons à grandir dans le Maroc d’aujourd’hui. Si le Maroc veut avancer, il ne peut plus se permettre d’oublier ses enfants.
L’école mère est celle qui se trouve « au bout de la piste », à 7 km d’Essaouira, au Nord, par la route de Safi. La nôtre est l’école annexe.
Venir pour leur proposer une initiation au théâtre coïncidait parfaitement avec les projets d’Afoulki. Ils ont élaboré un dossier pour apporter la logistique et les infrastructures nécessaires au bon déroulement de la scolarité des petits écoliers Marocains (électricité, eau, sanitaires, peintures, jardin, espaces verts, jeux de plein air). L’association Afoulki fait un travail de terrain, très ciblé, elle fédère les moyens, les envies et les énergies, mais parce que l’état de l’éducation au Maroc est très préoccupant et que rien n’est fait à l’heure actuelle…
Avant nous, deux autres projets ont existé : un atelier peinture pour les initier aux coleurs, aux techniques et une journée de sensibilisation aux soins dentaires (une équipe de médecins est venue leur montrer les gestes de base pour une hygiène dentaire saine).
Nous, nous venons les initier au théâtre, mais à travers des exercice